Les raisons d’écouter le troisième album du projet électro-pop Caribou (né en 2001, à la sortie de The milk of human tenderness), sont évidemment pléthoriques. Mais des contraintes de temps, de densité de page et de fainéantise accrue nous obligent à n’en citer qu’une : Swim, le nouvel opus du canadien Dan Snaith, est proprement é-pous-tou-flant ! Album aquatique s’il en est, le disque étonne et rafraichit par ses mélodies symphoniques qui ondulent en cascades de boucles et nappes électroniques. Et ce n’est pas tout ! Cette œuvre fantasque et géniale puise aux quatre coins du monde son inspiration. Le morceau Bowls est joué sur de la vaisselle tibétaine que l’artiste a acheté lors de ses voyages en Chine : « J’aime cette idée de créer un morceau destiné aux clubs qui utilise comme instruments principaux des bols tibétains et des harpes ».Toutefois, Dan, descendant d’une famille de mathématiciens et lui-même titulaire d’un doctorat en maths, ne se fourvoie pas dans les marasmes d’un intellectualisme complaisant. Oh que non ! Ses compositions gardent un aspect éminemment pop et psychédélique, destiné au dance-floor et à la transpiration ! Résultat, un travail d’orfèvre ciselé avec minutie et talent - Found Out, le premier morceau a demandé près d’un an de travail – pour faire bouger votre bassin durant toute la belle saison !

Ecoutez sur deezer Swim de Caribou et revenez après! 

Karl Popper n’a plus qu’à aller se rhabiller ! Ce vendredi 23 avril, à la Maroquinerie, la théorie du complot a trouvé en Ian Sevonious un de ses défenseurs les plus zélés ! Hurlant et bondissant de biais, en diagonal et de travers, la star a enflammé la salle de concert aux côtés de Calvin Johnson, fondateur du légendaire label K Records. Après Make up, Weird War, Scene Creamers, Chain and The Gang est l’énième projet d’un artiste insaisissable et multiple. Ecrivain anti-conformiste (il est l’auteur d’un essai pop politique dévastateur (The Psychic Soviet, 2006)) et animateur d’une émission rock de haut vol (Soft Focus), Ian Sevonious est à ranger dans la catégorie des prédicateurs à tendance rock évangéliste façon John Spencer. Partageant l’affiche avec The Intelligence, fleuron du label In The Red, la bête de scène aux logorrhées interminables a distillé à coups de blues rock cathartique, de funk et de post punk enragé, le poison anticapitaliste et contestataire qui manquait peut-être aux spectateurs parisiens de cette soirée.

 

A 73 ans, Arvo Pärt est le compositeur contemporain le plus joué au monde. Il sort aujourd’hui un nouvel album envoutant, sobre et généreux, In principio pour chœur mixte et orchestre. Édité par le label ECM, cet enregistrement est l’aboutissement d’un travail commencé vingt-cinq ans plus tôt avec le fameux « Tabula Rasa ».

Nourrie par de multiples influences sérielles, grégoriennes, mais également médiévales (Josquin de Prés ou Machaut), l’œuvre du compositeur estonien a su créer un langage musical épuré extrêmement novateur, appelé « tintinnabulum ». Ce style s’inspire du son de la clochette et s’articule entre trois notes principales qui composent l’accord parfait d’une gamme. Pärt n’utilise donc pratiquement jamais de modulations. « Je travaille avec très peu d’éléments, écrit le compositeur, une ou deux voix seulement. Je construis à partir d’un matériau primitif – avec l’accord parfait, avec une tonalité spécifique. Les trois notes d’un accord parfait sont comme des cloches. C’est la raison pour laquelle je l’ai appelé tintinnabulation ». Avec la sortie de Für Alinéa en 1976, l’artiste rencontre un succès qui ne sera jamais plus démenti. Ses œuvres, jouées dans le monde entier, donnent lieu à de multiples enregistrements, ainsi qu’à de très nombreuses bandes son pour films et spectacles de danse.

Rangé un peu hâtivement dans la catégorie des compositeurs « minimalistes mystiques », aux côtés d’Henryk Gorecki et John Tavener, Arvo Pärt n’hésite pourtant pas à utiliser dans ce nouvel opus une orchestration plus spectaculaire, portée par un lyrisme et une expressivité accrus. Supervisé par l’auteur et placé sous la direction du chef d’orchestre Tõnu Kaljuste, « In principio » réunit un groupe d’œuvres a priori disparates, composées sur une période rapprochée (2000-2007). Toutefois, la simplicité et la spiritualité propres au compositeur donnent une évidente unité esthétique à l’ensemble. Les paroles sacrées (l’Évangile selon saint Jean dans In principio – « Au commencement ») apparentent l’œuvre à une liturgie tour à tour grave (In Principio (2003)), funeste (La Sidone (2005)) et apaisante. Mais la simplicité étonnante des morceaux, cousus de mélodies maigres, assourdies et décharnées, rappelle la ténuité d’un monde triste et incohérent, qui aurait tué en lui toute sacralité.

Arvo Pärt: In Principio (In principio; La Sindone; Cecilia, vergine romana; Da Pacem Domine; Mein Weg;  Für Lennart in memoriam). Estonian Philharmonic Chamber Choir. Estonian National Symphony Orchestra. Tõnu Kaljuste, chef d’orchestre. 1 cd ECM New Series    CD 476 699-0. Sortie le 9 mars 2009

Particules de son et animalcules musicales initient Tomorrow, in a Year, un album froid, hostile et magnifique comme les paysages glaciaires et apocalyptiques de la Suède, le pays d’Olof Dreijer et Karin Dreijer Anderson. Derrière leurs masques étranges d’oiseaux aux fronts noirs et aux becs hostiles, se cachent les deux membres fondateurs du groupe The Knife, un frère et une sœur rompus à l’hermétisme et à l’expérimentation musicale. Avec ce quatrième album étrange et sépulcral, le duo nous offre un opéra de 90 minutes, inspiré par la vie et l’œuvre du théoricien de l’évolution Charles Darwin. Commandée à l’origine par la compagnie de théâtre danoise Pro Format, l’œuvre a été d’abord jouée à Copenhague en 2009 et interprétée par la soprano Kristina Wahlin. De ce concept est né un double album, créé en collaboration avec les chanteurs Planningtorock et Mt Sims. La première partie se veut comme une sorte de poème électro-symphonique exprimant métaphoriquement la théorie de l’évolution, notamment grâce au mélange de musique industrielle et de sons organiques comme des enregistrements d’oiseaux d’Amazonie. La seconde partie, essentiellement rythmique, alterne entre cadences électro et pulsations tribales. Le résultat est une œuvre composite et avant-gardiste aux influences contemporaines pour certaines (on pense aux mélodies répétitives de John Adams et au minimalisme de Steve Reich), mais également plus anciennes (comment ne pas songer en écoutant Upheaved à la psalmodie hachée et tragique de « Let me freeze » du King Arthur de Purcell ?) L’œuvre touche enfin à son acmé avec Coloring of pigeons, un trio barré et fantastique porté par les voix de Karin Dreijer, Kristina Wahlin et Mt Sims. Bref, enfin un courant (d’air frais) novateur en ces temps de morosité ambiante !  

Ecouter The Knife

Trois ans après le très discret Fantastic Playroom, les quatre survivants de New Young Pony Club (dont la sublime chanteuse Tahita Bulmer) se remettent en selle pour The Optimist, un deuxième album très retro dancefloor chic. 

Loin du purisme esthétique du premier disque, ce nouvel opus renoue avec un passé new-rave électro-fluo-olé-olé sans toutefois faire l’économie de belles échappées. Preuve en est du tube Lost a girl qui ouvre l’album avec une énergie qui n’est pas sans rappeler celle de groupes comme Hot Chip ou Ladytron.

Ces jeunes Londoniens purs-sangs, mordus d’effets sonores à la façon années 80, nous proposent une bande son terriblement accrocheuse faite de synthétiseurs échaudés, de refrains entêtants et de boîtes à rythme fracassantes. Cette fois-ci, le côté girly et paillettes a été un peu atténué au profit de tonalités plus sombres (Dolls) et de mélodies extrêmement chiadées (The Optimist).

La recette fonctionne parfaitement et permet à New Young Pony Club de se hisser vers les sommets, aux côtés de géants comme The XX ou Metronomy.

Ecouter New Young Pony Club 

80 ans de Mouse macho

13 décembre 2008

Après 80 ans passés dans l’ombre de Mickey, Minnie sort du placard et fomente son émancipation. 80 créateurs ont concocté pour la petite souris une garde-robe tendance et glamour.

Mickey a 80 ans et les célébrations s’organisent pour fêter l’événement. Mais la célèbre souris à la voix haut perchée n’est pas née toute seule. Le 18 novembre 1928, la plume de Walt Disney accouchait d’un couple de souris : Mickey, et sa compagne Minnie.

D’abord garçonne et plutôt libérée, Minnie s’affiche dans Plane Crazy comme une fille débrouillarde et inventive, qui n’hésite pas à transformer ses sous-vêtements en parachute alors qu’elle tombe d’un avion. Au fur et à mesure des films et des courts-métrages, la fille au caractère bien trempé se transforme en petite souris craintive, que son Mickey sauve à tout bout de champ. Image de l’épouse modèle, elle est mise en scène dans un court-métrage de propagande pendant la Seconde guerre mondiale pour enseigner aux femmes américaines l’art de transformer l’huile de friture en munitions pour les soldats. Alors que les personnages qui évoluent autour de Mickey gagnent en indépendance, comme Donald ou Pluto, qui auront leur propre série, la compagne de Mickey restera au second plan. Même le chat de Minnie, Figaro, aura l’honneur d’être la tête d’affiche de plusieurs épisodes. Placée en alter-égo de Mickey, Minnie n’accèdera cependant jamais au statut d’épouse officielle, pas même à celui de concubine.

Aujourd’hui, pour ce qui devrait être leurs noces de chêne, la petite souris s’offre un luxe de femme moderne et tâte le devant de la scène. La collection qui lui est dédiée, composée de 80 tenues, sera présentée au Salon du prêt-à-porter de Paris en avril 2008, après un tour des grandes capitales mondiales. Parmi les créateurs en charge de rhabiller la femme cachée de Walt Disney, de grands noms comme Chantal Thomass, Antik Batik, Cacharel ou Comptoir des Cotonniers ont répondu présents. De quoi offrir à cette souris de 80 ans une cure de modernité.

Julie Guillot

Tentative de rabibochage

11 décembre 2008

C’est l’histoire d’un jeune insouciant qui rencontre une belle jeune femme. Il n’est pas très grand, mais a un dynamisme et une envie d’avancer à terrasser des prétendants plus riches et plus matures. Elle est douce, élancée au port altier, et son optimisme frise la naïveté.

Une histoire commence. Dublin est passionné, dans la fusion, l’intense émotion des débuts fougueux. Après quelques années aux cotés de Bruxelles, son immaturité devient fraîcheur, et son ambition se concrétise en réussite. Bruxelles, elle, veille et câline, réprimande quand son amant la délaissé et se montre égoïste. Mais comme toute femme elle veut plus : l’engagement, cette exigence maudite qui fait fuir tous les hommes.

Elle le sait et pourtant c’est plus fort qu’elle. Elle tente une amorce de discussion, en parle à ses amies, et finit par l’ultimatum. La jeune femme voit grand, un destin commun, et quoi de mieux que de signer ce contrat lui prouvant qu’il l’aimera pour la vie ?

Le climat se dégrade à mesure que la date fatidique approche. Quelle ironie, ils étaient si bien, en pleine harmonie. Et voilà comment les angoisses viennent briser l’envie.

Le 13 juin 2008, l’heure de vérité arrive. Dublin refuse de s’agenouiller, l’orage éclate. Il menace de faire ses valises, hurle son refus de céder. Elle est déçue, vexée de ne pas se sentir reconnue. Après ces années où elle s’est dévouée, donnant son souffle pour l’encourager, ses caresses pour l’apaiser, voilà qu’il ne lui rend pas la monnaie. Et qu’est-ce qu’elle exige ? Ni cadeau somptueux, ni luxe fastueux, seulement la promesse de ne pas l’abandonner.

S’installe alors le statut quo. On ne parle plus de futur, ni week-end à la mer, ni dîner chez les parents. On s’observe en silence, les amis tentent la médiation. Bruxelles propose finalement la thérapie de couple ; Dublin accepte. Le 11 décembre, après de longues séances d’introspection, le choix devient évidence, l’atonie n’est plus tenable : Bruxelles pourra tolérer le meilleur copain sur le canapé, s’abstenir sur le comportement outrancier de sa belle-mère, le tenir au courant des sorties qu’elle prévoit. Mais elle ne pourra pas se renier, oublier ses désirs, frustrer ses rêves.

Elle se lève alors du canapé, laisse la clé dans la main de Dublin, et part en attendant une bague à son doigt.

Julie Guillot

 

L’avenir du traité de Lisbonne se joue actuellement dans les salles moquettées du Conseil européen de Bruxelles. En ligne de mire, les Irlandais, qui avaient sévèrement rejeté l’avenir de l’Europe le 13 juin dernier, à 53,4% contre.

Trois ans après la crise du non français, rebelote. Cette fois, à peine quatre millions de capricieux rechignent à emmener 495 millions d’Européens vers un avenir radieux. Mais avec Nicolas Sarkozy à la présidence de l’Union européenne, les choses n’allaient pas se passer comme cela, on allait voir ce qu’on allait voir. Et c’est valable pour l’intérieur comme pour ailleurs : une partie de sa majorité hésite sur l’adoption du projet de loi de réforme de l’audiovisuel public et l’opposition fait de l’obstruction ? Qu’à cela ne tienne, la publicité sera supprimée par décret, on ne plaisante pas avec les idées du président, et le traité de Lisbonne en fait partie. Le fameux « traité simplifié » qui ne perd de constitution que le nom.

 À peine le résultat annoncé, le président français sautait dans un avion pour comprendre les raisons de cet échec. On monte une commission d’observateurs chargée d’analyser le pourquoi du comment. En cause, la désinformation. 42% des Irlandais affirment que c’est la raison de leur rejet. Problème, comme en France trois ans auparavant, les médias avaient abreuvé la population de débats et décortications, tous les partis politiques s’étaient jetés dans la bataille, en vain : l’Europe n’intéresse personne et c’est bien les raisons du désamour. Complexe, lointaine, malfaisante, la vieille mère est taxée des pires insuffisances.

 Les fantasmes les plus dramatiques ont été atteints pendant la campagne : l’Europe viendrait fourrer son nez dans les affaires sociales irlandaises tels l’avortement, le mariage homosexuel, ou le droit des travailleurs. Puisque l’on vous dit que tout cela serait caché sous les lignes du traité !

Mais aujourd’hui les rebelles Irlandais semblent être anesthésiés à la dioxine de porc. On chipote sur un poste de commissaire permanent, clame de grandes tirades sur le respect des petits pays, et puis on rentre dans le rang sans trop faire de bruit. Tel un ado qui oublie instantanément ses rêves de road trip, et de vie communautaire avec un simple I-Pod à Noël, les anciens insoumis s’apprêtent à accepter un second référendum, encore. Gare tout de même, car la hotte du Père Noël ne propose pas le service après-vente.

 Julie Guillot

 

Un peu (moins) d’humour

12 juillet 2008

Ça m’amuse de voir Carla Bruni-Sarkozy, ex top model et femme somme toute très coquette, se limiter au port des ballerines depuis son mariage avec le président français. Aucune faute de gout dans les chaussures plates mais soyons honnêtes, rien ne vaut les talons aiguilles pour faire virevolter une paire de jambes sous une robe haute couture, John Galliano lui-même ne jure que par cela. Après comment perdre 10 kilos en 2 semaines pour sortir le bikini sans complexe, Carla et Nicolas, la vraie histoire, c’est comment perdre 10 centimètres après un dîner chez Jacques Séguéla et une escapade à Disney Land !

Ça m’amuse aussi, les jeux rhétoriques de François Fillon, cuisiné devant son gouvernement presqu’au complet sur le plateau d’A vous de juger : l’équilibrisme entre le ridicule et le désaveu certain. Alors il envoie à Christophe Barbier sur de faibles accents tragédiens que « c’est grave ! » au sujet de la une de l’Express sur les relations tumultueuses entre Nicolas Sarkozy et son premier ministre. Oui, c’est grave ce qu’il se passe dans les médias et ça n’amuse personne, ni Espérandieu ni Généstar. Mais revenons au comique François Fillon qui pâlit après sa tirade sur son désaccord le plus total à propos de l’affichage dans les médias de la vie privée des hommes politiques. Oups, il croyait parler de lui, il vient de charger en bonne et due forme celui qui d’un geste peut l’expulser à tout moment. Sourire satisfait mais sans sadisme d’Arlette Chabot.

Une cuillerée pour l’UMP, une cuillerée pour le PS. Ça m’amuse aussi beaucoup, ces passe-passe d’hypocrisie entre les candidats officieux à la tête du parti. Entre Martine Aubry qui souhaite « prendre toute sa place », Bertrand Delanoë qui minaude, si je peux me rendre utile, si ça vous fait plaisir, non je ne le dirai pas maintenant… Il faut bine de l’audace pour sortir de la langue de bois ! Au moins, Ségolène Royal aura le mérite d’être claire. À la Bellevilloise, elle a fait savoir qu’elle est là et qu’elle se bat. Oubliés les balbutiements sur la Marseillaise, le SMIC à 1500 euros et l’assouplissement des 35 heures. Aujourd’hui, il lui suffit de prononcer le nom de Nicolas Sarkozy le regard inquiet, fustiger la remise en cause du temps de travail les sourcils froncés, et là voilà applaudie, bénie, ravie.

Alors oui, tout cela on en sourit. Ça alimente les dîners entre amis et rend le JT de David Pujadas plus divertissant. Mais après l’amusement devant tant d’enfantillages, le sourire devient jaune à l’heure de constater les dégâts. À la pompe, quelques gouttes de gazole font couler quelques larmes au père qui ravitaille l’Espace familiale. À la caisse du supermarché, c’est la maman qui serre les dents en insérant la carte bleue, tout en constatant le poids dérisoire de son caddy hebdomadaire. Dans quatre ans, harassés par leur semaine de 45 heures de travail moyennant heures supplémentaires pour payer l’université hors de prix du premier et plus chanceux de leur enfants, ces deux-là n’auront de toute façon plus la force d’aller au cinéma, un luxe réservé pour leur anniversaire. Heureusement, la télévision sera sans pub, mais faute de moyens, on rediffusera pour la cinquième fois consécutive la première saison de Plus belle la vie. Sans parler du défilé des hommes peu recommandables, de Kadhafi à Bachar Al-Assad, qui vient ternir la dernière fierté des Français déjà bien esquintée par les Bleus, l’image d’une grande et respectable nation.

Alors bien sur il y aura toujours quelque « bravitude » et autre « casse-toi pauvre con » pour égayer un peu les foyers. Mais aujourd’hui, et avant 2012, les Français, au risque de paraitre rabat-joies, réclament un peu de sérieux.

 Julie Guillot

Après les 30 glorieuses, voici peut-être les 30 calamiteuses. La France n’est pas adepte de l’autocritique mais de la joie de vivre.

Ainsi, les entreprises françaises manquent cruellement de compétitivité, ce qui nous offre un déficit commercial record de 39,17 milliards d’euros. Balivernes, c’est la faute à l’euro qui pousse à l’internationalisation de nos entreprises très compétitives (regardez le contrat de 35 milliards de dollars pour l’armée américaine remporté par EADS et Areva qui vend ses centrales nucléaires comme des petits pains), ainsi qu’à la délocalisation de nos industries (Arcelor-Mittal, Miko, Metaleurop).

 La croissance est au plus mal malgré les prévisions optimistes du gouvernement nouvellement élu. Le budget 2008 est construit sur la base de 2,25%, le Fonds monétaire international (FMI) nous en prédit 1,5%, qui dit mieux ? Alors certes, on dit le moral des Français au plus bas, la consommation ralentit inexorablement, et les manifestations pour une hausse du pouvoir d’achat se multiplient. Les handicapés pour un revenu minimum correspondant au SMIC, les retraités pour un « revenu d’existence », les fonctionnaires pour une indexation du point d’indice sur l’inflation, les caissières de Carrefour en grève pour une hausse des tickets restaurant, celles d’Auchan qui substituent les bons de réduction oubliés par les clients.

Oui, on râle, mais c’est très français.

 A côté de cela, on voit les Vélibs fleurir sur les voies de bus dès qu’un rayon de soleil perce les nuages du printemps hésitant, les terrasses s remplir quand vient le week-end, laissant s’exprimer les effluves de nicotine réprimées durant la semaine au bureau. Et lorsqu’on propose aux Français de monétiser leurs jours de repos afin d’assouvir leur frénésie consommatrice, boucler les fins de mois, et au passage, rebouster l’économie en berne, on s’offusque. Des RTT durement gagnés à la sueur de mon labeur? Et mon droit au bonheur national brut alors, bien connu dans la jeune démocratie du Bhoutan ? Car c’est de notoriété publique, le bonheur ne s’achète pas, il se gagne en minutes de plaisir.

Eh oui, malgré les analyses alarmistes des économistes et les pics récurrents de Madame la ministre des finances Christine Lagarde, la France garde sa grandeur, sa nonchalance et ses leçons sur le Modèle français. Ses ambassadrices en sont admirées et récompensées, demandez à Marion Cotillard. Et c’est peut-être cet état d’esprit d’éternel optimisme qui contribue au succès de la comédie cliché et réductrice de Dany Boon : l’identité française au dessus de toute considération mondialiste sauvera la France de son déclin.

Julie Guillot

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