Symphonie n°3 de Gorecki
20 février 2008
Symphony N°3 Opus 36 (1976) «symphony of sorrowful songs» d’Henryk Mikolaj Gorecki
I. lento-sustenuto tranquillo ma cantabile 26.25
II. Lento e largo-tranquillissimo 9.22
III. Lento-cantabile-semplice 17.05

Un bruit profond, un chant de contrebasse, inaudible et pesant. C’est par ces bas-fonds que s’amorce la fugue décomposée, démultipliée jusqu’à l’émiettement des tessitures de la symphonie N°3 du polonais Henryk Gorecki.
Ecrite en mémoire des victimes d’Auschwitz, elle est l’expression de la plus irréparable douleur, de la plus inénarrable aussi. Pourtant, un air maladif, entier, fragile naît du grand soliloque des sons. Ce nœud central écoeuré, démultiplié jusqu’à l’obésité, porte malgré lui la clarté et la simplicité d’une psalmodie mélodique et obsédante : la prière d’une mère pour son fils, celle d’une jeune fille pour un dieu en qui elle ne croit plus.
Je le connais par cœur cet air. Et pourtant je ne saurais plus longtemps vous en parler. On ne chronique pas avec des larmes. On n’analyse pas avec du sang, de la vie, de la peur. Il y a des beautés qui vous rappellent que vous êtes mortels, et pourtant si vivants. Elles vous disent que le nécessaire n’est pas suffisant et que la modération n’est pas l’apanage de notre espèce. Il y a des beautés, douceurs amères, inquiètes, qui vous renvoient à l’impossible, qui vous rendent ivres d’idéal. La symphonie de Gorecki fait partie de celles-ci. Accessible et lumière. Qui peut en dire autant ?
Juno
16 février 2008
Allez voir le film de Jason Reitman. Juno
La vie en rose
15 février 2008
Voici la traduction du titre du dernier film d’Olivier Dahon. La Môme, notre fierté nationale et son collier de nominations, sortira aux Etats Unis sous un jour quelque peu fade et l’on pourrait craindre qu’elle soit prise pour une de ces comédies à l’eau de rose. Cette insupportable gamine à la voix d’or fera donc une entrée douce à la page critique du New York Times. Cependant, bien que dénaturé, le titre reste français. Dans une expression, que dis-je, un état d’esprit tout entier qui transperce toute barrière linguistique. La vie en rose, ce glamour french touch, à ne pas confondre avec le bling-bling actuel, c’est le côté bohème, poétique, romantique mais pas niais, bref, le charme à la française, quand il me prend dans ses bras, blablabla.
Celui qui voit la vie en rose aujourd’hui c’est Michel Pébereau, président de la première banque française, BNP-Parisbas. Lui se frotte les mains devant la chute de sa consoeur et rivale, la Société Générale et ça lui fait quelque chose. Le fléau est différent car sans drogue ni alcool, cette grande dame se trouve bien mal en point. Il ne s’agit pas d’amour ici mais d’argent, c’est dans l’air du temps.
Et la vie en “roses”? Personne n’aura manqué cette autre épisode glamour dans l’actualité récente. Georges W. Bush accueilli par son homologue saoudien avec une rose rouge. De là à lui dire des mots d’amour? Difficile à croire quand il s’agit de pétrole, mais le mélange des styles et les grandes effusions, entre fleurs et sabres, djellabas et cravate, cela c’est un autre ton, cela s’appelle du pragmatisme et c’est aussi dans l’air du temps.
Alors on se consolera en contemplant la destinée d’une chanteuse qui aura transcendé toutes les frontières avec quatre mots pour survivre et rester digne: “je suis un artiste!”. Mais de nos jours, ce sont les hommes d’affaires que l’on applaudit.
Julie Guillot
Joann Sfar, Klezmer
15 février 2008

Klezmer, ce n’est pas un personnage, mythique, philosophe ou être pensant. Ce n’est pas une créature judaïque, statut d’argile qui n’obéit qu’à celui qui connaît son nom. C’est une musique déracinée, indéracinable dans le cœur de Joann Sfar qui déride et prolonge la magie même quand il n’est plus temps. Celle des orchestres itinérants juifs ashkénazes, assimilable au jazz manouche, dissociable du reste et fait pour tous. Un emblème, un cri pour une bande dessinée décidément décisive, immanquable, bouleversante.
J’en fais des tonnes ?
Klezmer, c’est pour l’instant trois tomes : I. « Conquête de l’Est », II. “Bonne anniversaire Scylla”, III. « Tous des voleurs ». A venir « Kishinev des fous ». Mais je ne vous parlerai que de « Conquête de l’Est » , sorti en 2005 chez Gallimard Jeunesse.
Jeunesse ?
L’enfance, oui mais sans restriction. Un conte à pile ou face qui ne laisse pas place au lisse ni aux races. Un bonbon acide où les juifs ne sont pas ni les plus, ni les moins méchants.
Je vous explique…
Après avoir survécu à l’attaque meurtrière d’une bande de juifs sanguinaires, le Baron de mes fesses se retrouve seul, errant dans l’Ukraine des années 1930. S’en suit un long périple qui l’amènera à la rencontre de nouveaux compagnons d’infortune ou devrions-nous dire de fortune.
Sous la plume faussement gausse de l’auteur se dessine alors peu à peu la création émouvante et drolatique d’un Klezmer Band comme vous en aviez toujours rêvé même si vous n’en n’aviez jamais entendu parler. Quatre musiciens aux caractères invraisemblables et pourtant si vrais, une chanteuse angélique et aguicheuse aux formes plus que saillantes. Tout ce petit monde forme le plus improbable des groupes de musique, future république et…
…pourquoi pas après tout.
Hello world!
15 février 2008
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