Rienquedelaréglisse

Le goût des douceurs…

Wozzeck à l’Opéra-Bastille 1 avril 2008

Je n’irai pas voir le Wozzek d’Alban Berg, interprété en ce moment même à l’opéra Bastille. Je n’écouterai pas le texte de Georges Büchner. J’ai raté la répétition générale qui avait lieu jeudi 27 mars !!! C’est terrible ! Et ce n’est même pas la première fois. L’opéra avait été joué il y a de ça je crois 5 ans et la répétition n’était pas publique. J’avais pourtant supplié les gardiens de me laisser entrer mais ils avaient refusé !!! Les chiens… Me faire ça… A moi ! Alors, certes oui, si j’aime cet opéra, je pourrais tout de même ne pas trop compter sur les invitations etc… Mais je dois remplacer mon vieux PC amorphe et sénile (si, si !) par un jeune et fringuant Mac tout neuf et tout blanc!

Je ne résiste toutefois pas à l’envie de vous parler de cet opéra auquel je n’ai donc jamais pu assister mais que j’ai, je vous rassure, de nombreuses fois écouté (sans quoi c’eût été difficile d’en faire mon opéra préféré).

Pour ce faire, je vais m’appuyer sur la chronique du Monde (facile !!!!!) ainsi que les observations abrégées de mon poussif compagnon de beuverie, j’ai nommé Nicolas Charron, contrebassiste à l’opéra bastille et musicien-interprète du dit opéra (plus dur !).

C’est Sylvain Cambreling, qui est le chef de cette nouvelle production de Wozzeck (1925), « incroyablement à l’aise, souple et précis dans une partition qu’il semble connaître comme sa poche, la tir[ant] tantôt vers l’expressionnisme le plus vif, tantôt vers les raffinements de la musique de chambre. La beauté de l’orchestration de Berg et sa palette expressive ont rarement été restituées si subtilement. ». Enfin ça je pouvais l’écrire toute seule en m’appuyant sur les dires de mon compagnon d’arme Monsieur Charron : « Z’est vraiment zénial ! (hic !) Moi z’ai zamais rien entendu d’aussi beau ! (hic !) Z’ai des places, tu viens ? »

Rien qu’en lisant l’article paru dans Le Monde, je m’imagine la scène finale d’un Wozzek fou de désespoir après avoir tué sa femme Marie. J’imagine la scène de l’opéra, pure, abstraite. La lune ensanglantée dans laquelle Wozzek se noie et qui rend la mer couleur rouge sang est-elle seulement là ? « Marthaler a trouvé une parade extraordinaire : il fait se dissoudre Wozzeck dans le noir qui envahit le plateau. Idée lumineuse, pour le coup. » Et ces enfants qui viennent se moquer de l’orphelin dans la scène finale, ont-ils cette espèce d’innocence carnassière, vorace et brutale que je m’imagine quand j’écoute l’opéra ? « Et il y a cette fin, si irréelle et si vraie dans sa lumière de morgue, ces enfants qui, dans leur inconsciente cruauté, disent au petit que sa mère, Marie, est morte. On pense alors aux derniers mots de Pelléas et Mélisande, qu’on a envie d’ainsi parodier : “Et maintenant, c’est au tour des pauvres petits.”

Voilà, je lis Le Monde et il m’appartient en un tour de main !

 

One Response to “Wozzeck à l’Opéra-Bastille”

  1. aouriel37 Says:

    “Zénial” ? Ni Cambreling, ni Marthaler ! Quoi qu’en dise l’ami Charron (excellentissime parmi les excellentissimes collègues de cet orchestre, le seul de ce niveau en France ; non, ce n’est pas pour leur faire plaisir, c’est la réalité) et quoi qu’en écrive l’invraisemblable Machart du Monde (dont la rubrique spectacle est célèbre pour son aberrante stupidité ; ils se sont débarrassés de leur dernier vrai critique, Condé, il y déjà trop longtemps !), cette production n’a d’autre intérêt que le magnifique niveau des interpètes vocaux et instrumentaux.

    Cambreling “dirige”, oui, il “fait les gestes” ; mais le souffle n’y est pas. Heureusement que les sonorités individuelles et d’ensemble, que le talent de chaque musicien rattrapent ce manque d’inspiration – qui n’est pas le fort de Sylvain C., on le sait bien, hélas…

    Quant à Marthaler, c’est à se demander s’il a vraiment lu la pièce telle que Berg l’a mise en musique, s’il connaît seulement l’existence de Büchner, à l’origine de tout ceci avant 1840 (!), et s’il a seulement eu entre les mains et sous les yeux la moindre des études sur cet opéra (Pierre Jean Jouve – Michel Fano en français, ou Fritz Noske en allemand ; et d’autres).

    Bien sûr, il connaît tout ceci, Marthaler ! Mais sans doute connaît-il mieux Wozzeck que Berg lui-même, mieux Woyzek que Büchner lui-même – qui n’a même pas été capable de nous livrer autre chose que des scènes éparses, d’ailleurs !

    Alors, les “scènes éparses” telles que Berg a très précisément dépeint comment il les voulait représenter, visuellement et musicalement, Marthaler, lui, les reconstitue dans ses propres fantasmes ; la succession des lieux clairement indiquée par Büchner et par Berg, audiblement décrite ou suggérée par la forme musicale comme par les timbres instrumentaux, Marthaler décide de la remplacer par un espace unique : une cantine (de crèche ? d’école ? d’entreprise ? même pas de caserne, non, ce serait trop simple) – sans doute destinée à représenter l’intérieur de la tête claffie d’aberratio mentalis du malheureux psychotique qu’il fait jouer à Wozzeck, ou plutôt à Keenlyside (quel chanteur, on le savait, mais là… !) ; avec un traitement pareil, pas étonnant qu’il pète les plombs, Wozzeck !

    La scène finale, cette étonnante montée de l’orchestre interrompue dans ou par le néant, soutenant très finement, jusqu’à l’insupportable, les “hop ! hop” de l’Enfant, tombe à plat. Faut le faire, quand même, de rater la fin de Wozzeck (mais ça, déjà Mesguich y avait réussi), simplement à cause d’un éclairage foireux, d’un rideau trop lent, d’un manque de tension dans le soutien de l’orchestre, et surtout, d’une trahison musicale, une de plus, consistant à faire chanter par la (mauvaise) chorale d’enfants les répliques confiées explicitement à des voix individuelles, parmi lesquelles ici, du coup, l’enfermement isolé du “Bub” passe inaperçu…

    … comme passe totalement inaperçue l’ambiguïté même de la pièce : drame social ? drame du couple ? drame de la maladie mentale ? Berg ni Büchner ne répondent : donc, tout ça à la fois, car la vie est ainsi, et la société, et la maladie, et la relation affective ! Mais grâce à Marthaler, on a “compris” : Wozzeck, atteint d’ “aberratio mentalis partialis de seconde catégorie” (oui, le texte le dit, cher Docteur ; et on l’a bien vu à l’exposé schématique de son comportement obsessionnel de rangement des chaussures d’enfants, ha, symboles, hein ?), Wozzeck, dont la figure est ici réduite à une succession de clichés non dynamiques, Wozzeck, donc, bascule dans la folie, … car il a assisté à la scène primale renouvelée jouée devant lui par sa femme et le Tambour-Major (c’est où, ça, dans le texte ? et c’est même pas nouveau, ce pauvre Mesguich nous avait déjà fait le coup).

    Mais qu’est-ce qu’ils ont tous à réduire ainsi les choses ? C’est l’influence de Sarkozy, ou la peur de ne pas être compris (ce qui, quelque part, n’est pas sans rapport) ?

    Donc, merci aux musiciens, merci aux chanteurs (qui sont aussi musiciens, preuve à l’appui ! et aussi acteurs, bis)… mais pas de regret à avoir de ne pas avoir assisté à cette représentation.

    Quand même… J’aime, moi aussi, les gestes d’un metteur en secène, qui est là pour ça ; mais quand ce geste, au lieu de m’ouvrir les yeux, les oreilles, l’esprit et l’âme, les enferme en trahissant le texte littéraire et musical lui-même, ben, non.

    Pauvre Marthaler, il est tout de même pas si bête, à la fin !


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