Rienquedelaréglisse

Le goût des douceurs…

Morose avril 2, 2008

Classé dans : billet — rienquedelamusique @ 6:18
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C‘est un terme qui revient bien souvent ces derniers temps. Du côté des économistes américains, c’est la crainte de la récession qui rend morose. De ce côté-ci de l’Atlantique, l’alliance entre un baril de brut qui explose la barre des 100 dollars et un euro au plus fort de sa cote depuis sa création expliquent le moral à zéro qui règne dans les salles de marchés. Dans l’hexagone, c’est le pouvoir d’achat lui même qui est morose (vous savez cette entité qui fait la une de tous les journaux, apparaît toutes les deux phrases dans les discours politiques et brille par son absence dans les caddys des ménagères). Le moral des consommateurs est en berne, tout comme celui d’Hervé Novelli avec son déficit record au commerce extérieur (40 milliards d’euros!), ainsi que Perben, Gaudin, Albertini et leurs collègues de la majorité, menacés de carton rouge aux municipales. Sans parler du réchauffement climatique, des délocalisations qui se multiplient vers des cieux plus compétitifs, bref, de la morosité ambiante.
Mais pourquoi « morose »? Les étymologistes nous expliqueront probablement que la racine « morosulus, morosulam » exprimaient déjà un état morbide et déprimant dans nos premiers écrits, mais place aux non-latinistes (la majorité) et aux poètes (quelques-uns tout de même). Pourquoi un mot si doux, sans consonne occlusive en son sein pour venir brutaliser l’oreille, avec une répétition de la voyelle fermée [o] qui berce l’écoute ? Allons plus loin, et croquons-en un bout : il nous reste « rose », la fleur symbole de la beauté et de la fraîcheur, qui interfèrerait dans un concept indescriptiblement morne. Point de logique dans tout cela. A moins que ce ne soit un anglicisme caché, illustrant les prix qui « rose » qui « rose » (traduction anglaise: « augmentent » pour ceux qui auraient oublié la longue et indigeste liste des prétérits irréguliers), et qui rendent morose (tout comme les prétérits irréguliers) ? Les linguistes s’arracheront les cheveux, mais l’homme veut comprendre.

Quoi qu’il en soit, le printemps est bientôt là. Et avec lui, le baril enflammé redeviendra raisonnable, l’euro qui prend la grosse tête se calmera, nos élus locaux désabusés se consoleront en réalisant qu’ils ont d’autres mandats en réserve, et le pouvoir d’achat… non celui-là ne bourgeonnera pas, même avec tout l’engrais du monde. Mais rassurons-nous, le gouvernement trouvera sûrement parade, sous peine de retour de la morosité.

 

Julie Guillot

 

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