Après les 30 glorieuses, voici peut-être les 30 calamiteuses. La France n’est pas adepte de l’autocritique mais de la joie de vivre.
Ainsi, les entreprises françaises manquent cruellement de compétitivité, ce qui nous offre un déficit commercial record de 39,17 milliards d’euros. Balivernes, c’est la faute à l’euro qui pousse à l’internationalisation de nos entreprises très compétitives (regardez le contrat de 35 milliards de dollars pour l’armée américaine remporté par EADS et Areva qui vend ses centrales nucléaires comme des petits pains), ainsi qu’à la délocalisation de nos industries (Arcelor-Mittal, Miko, Metaleurop).
La croissance est au plus mal malgré les prévisions optimistes du gouvernement nouvellement élu. Le budget 2008 est construit sur la base de 2,25%, le Fonds monétaire international (FMI) nous en prédit 1,5%, qui dit mieux ? Alors certes, on dit le moral des Français au plus bas, la consommation ralentit inexorablement, et les manifestations pour une hausse du pouvoir d’achat se multiplient. Les handicapés pour un revenu minimum correspondant au SMIC, les retraités pour un « revenu d’existence », les fonctionnaires pour une indexation du point d’indice sur l’inflation, les caissières de Carrefour en grève pour une hausse des tickets restaurant, celles d’Auchan qui substituent les bons de réduction oubliés par les clients.
Oui, on râle, mais c’est très français.
A côté de cela, on voit les Vélibs fleurir sur les voies de bus dès qu’un rayon de soleil perce les nuages du printemps hésitant, les terrasses s remplir quand vient le week-end, laissant s’exprimer les effluves de nicotine réprimées durant la semaine au bureau. Et lorsqu’on propose aux Français de monétiser leurs jours de repos afin d’assouvir leur frénésie consommatrice, boucler les fins de mois, et au passage, rebouster l’économie en berne, on s’offusque. Des RTT durement gagnés à la sueur de mon labeur ? Et mon droit au bonheur national brut alors, bien connu dans la jeune démocratie du Bhoutan ? Car c’est de notoriété publique, le bonheur ne s’achète pas, il se gagne en minutes de plaisir.
Eh oui, malgré les analyses alarmistes des économistes et les pics récurrents de Madame la ministre des finances Christine Lagarde, la France garde sa grandeur, sa nonchalance et ses leçons sur le Modèle français. Ses ambassadrices en sont admirées et récompensées, demandez à Marion Cotillard. Et c’est peut-être cet état d’esprit d’éternel optimisme qui contribue au succès de la comédie cliché et réductrice de Dany Boon : l’identité française au dessus de toute considération mondialiste sauvera la France de son déclin.
Julie Guillot