80 ans de Mouse macho

13 décembre 2008

Après 80 ans passés dans l’ombre de Mickey, Minnie sort du placard et fomente son émancipation. 80 créateurs ont concocté pour la petite souris une garde-robe tendance et glamour.

Mickey a 80 ans et les célébrations s’organisent pour fêter l’événement. Mais la célèbre souris à la voix haut perchée n’est pas née toute seule. Le 18 novembre 1928, la plume de Walt Disney accouchait d’un couple de souris : Mickey, et sa compagne Minnie.

D’abord garçonne et plutôt libérée, Minnie s’affiche dans Plane Crazy comme une fille débrouillarde et inventive, qui n’hésite pas à transformer ses sous-vêtements en parachute alors qu’elle tombe d’un avion. Au fur et à mesure des films et des courts-métrages, la fille au caractère bien trempé se transforme en petite souris craintive, que son Mickey sauve à tout bout de champ. Image de l’épouse modèle, elle est mise en scène dans un court-métrage de propagande pendant la Seconde guerre mondiale pour enseigner aux femmes américaines l’art de transformer l’huile de friture en munitions pour les soldats. Alors que les personnages qui évoluent autour de Mickey gagnent en indépendance, comme Donald ou Pluto, qui auront leur propre série, la compagne de Mickey restera au second plan. Même le chat de Minnie, Figaro, aura l’honneur d’être la tête d’affiche de plusieurs épisodes. Placée en alter-égo de Mickey, Minnie n’accèdera cependant jamais au statut d’épouse officielle, pas même à celui de concubine.

Aujourd’hui, pour ce qui devrait être leurs noces de chêne, la petite souris s’offre un luxe de femme moderne et tâte le devant de la scène. La collection qui lui est dédiée, composée de 80 tenues, sera présentée au Salon du prêt-à-porter de Paris en avril 2008, après un tour des grandes capitales mondiales. Parmi les créateurs en charge de rhabiller la femme cachée de Walt Disney, de grands noms comme Chantal Thomass, Antik Batik, Cacharel ou Comptoir des Cotonniers ont répondu présents. De quoi offrir à cette souris de 80 ans une cure de modernité.

Julie Guillot

Tentative de rabibochage

11 décembre 2008

C’est l’histoire d’un jeune insouciant qui rencontre une belle jeune femme. Il n’est pas très grand, mais a un dynamisme et une envie d’avancer à terrasser des prétendants plus riches et plus matures. Elle est douce, élancée au port altier, et son optimisme frise la naïveté.

Une histoire commence. Dublin est passionné, dans la fusion, l’intense émotion des débuts fougueux. Après quelques années aux cotés de Bruxelles, son immaturité devient fraîcheur, et son ambition se concrétise en réussite. Bruxelles, elle, veille et câline, réprimande quand son amant la délaissé et se montre égoïste. Mais comme toute femme elle veut plus : l’engagement, cette exigence maudite qui fait fuir tous les hommes.

Elle le sait et pourtant c’est plus fort qu’elle. Elle tente une amorce de discussion, en parle à ses amies, et finit par l’ultimatum. La jeune femme voit grand, un destin commun, et quoi de mieux que de signer ce contrat lui prouvant qu’il l’aimera pour la vie ?

Le climat se dégrade à mesure que la date fatidique approche. Quelle ironie, ils étaient si bien, en pleine harmonie. Et voilà comment les angoisses viennent briser l’envie.

Le 13 juin 2008, l’heure de vérité arrive. Dublin refuse de s’agenouiller, l’orage éclate. Il menace de faire ses valises, hurle son refus de céder. Elle est déçue, vexée de ne pas se sentir reconnue. Après ces années où elle s’est dévouée, donnant son souffle pour l’encourager, ses caresses pour l’apaiser, voilà qu’il ne lui rend pas la monnaie. Et qu’est-ce qu’elle exige ? Ni cadeau somptueux, ni luxe fastueux, seulement la promesse de ne pas l’abandonner.

S’installe alors le statut quo. On ne parle plus de futur, ni week-end à la mer, ni dîner chez les parents. On s’observe en silence, les amis tentent la médiation. Bruxelles propose finalement la thérapie de couple ; Dublin accepte. Le 11 décembre, après de longues séances d’introspection, le choix devient évidence, l’atonie n’est plus tenable : Bruxelles pourra tolérer le meilleur copain sur le canapé, s’abstenir sur le comportement outrancier de sa belle-mère, le tenir au courant des sorties qu’elle prévoit. Mais elle ne pourra pas se renier, oublier ses désirs, frustrer ses rêves.

Elle se lève alors du canapé, laisse la clé dans la main de Dublin, et part en attendant une bague à son doigt.

Julie Guillot

 

L’avenir du traité de Lisbonne se joue actuellement dans les salles moquettées du Conseil européen de Bruxelles. En ligne de mire, les Irlandais, qui avaient sévèrement rejeté l’avenir de l’Europe le 13 juin dernier, à 53,4% contre.

Trois ans après la crise du non français, rebelote. Cette fois, à peine quatre millions de capricieux rechignent à emmener 495 millions d’Européens vers un avenir radieux. Mais avec Nicolas Sarkozy à la présidence de l’Union européenne, les choses n’allaient pas se passer comme cela, on allait voir ce qu’on allait voir. Et c’est valable pour l’intérieur comme pour ailleurs : une partie de sa majorité hésite sur l’adoption du projet de loi de réforme de l’audiovisuel public et l’opposition fait de l’obstruction ? Qu’à cela ne tienne, la publicité sera supprimée par décret, on ne plaisante pas avec les idées du président, et le traité de Lisbonne en fait partie. Le fameux « traité simplifié » qui ne perd de constitution que le nom.

 À peine le résultat annoncé, le président français sautait dans un avion pour comprendre les raisons de cet échec. On monte une commission d’observateurs chargée d’analyser le pourquoi du comment. En cause, la désinformation. 42% des Irlandais affirment que c’est la raison de leur rejet. Problème, comme en France trois ans auparavant, les médias avaient abreuvé la population de débats et décortications, tous les partis politiques s’étaient jetés dans la bataille, en vain : l’Europe n’intéresse personne et c’est bien les raisons du désamour. Complexe, lointaine, malfaisante, la vieille mère est taxée des pires insuffisances.

 Les fantasmes les plus dramatiques ont été atteints pendant la campagne : l’Europe viendrait fourrer son nez dans les affaires sociales irlandaises tels l’avortement, le mariage homosexuel, ou le droit des travailleurs. Puisque l’on vous dit que tout cela serait caché sous les lignes du traité !

Mais aujourd’hui les rebelles Irlandais semblent être anesthésiés à la dioxine de porc. On chipote sur un poste de commissaire permanent, clame de grandes tirades sur le respect des petits pays, et puis on rentre dans le rang sans trop faire de bruit. Tel un ado qui oublie instantanément ses rêves de road trip, et de vie communautaire avec un simple I-Pod à Noël, les anciens insoumis s’apprêtent à accepter un second référendum, encore. Gare tout de même, car la hotte du Père Noël ne propose pas le service après-vente.

 Julie Guillot

 

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