Découvrez Swim, le nouvel album de Caribou
28 avril 2010
Les raisons d’écouter le troisième album du projet électro-pop Caribou (né en 2001, à la sortie de The milk of human tenderness), sont évidemment pléthoriques. Mais des contraintes de temps, de densité de page et de fainéantise accrue nous obligent à n’en citer qu’une : Swim, le nouvel opus du canadien Dan Snaith, est proprement é-pous-tou-flant ! Album aquatique s’il en est, le disque étonne et rafraichit par ses mélodies symphoniques qui ondulent en cascades de boucles et nappes électroniques. Et ce n’est pas tout ! Cette œuvre fantasque et géniale puise aux quatre coins du monde son inspiration. Le morceau Bowls est joué sur de la vaisselle tibétaine que l’artiste a acheté lors de ses voyages en Chine : « J’aime cette idée de créer un morceau destiné aux clubs qui utilise comme instruments principaux des bols tibétains et des harpes ».
Toutefois, Dan, descendant d’une famille de mathématiciens et lui-même titulaire d’un doctorat en maths, ne se fourvoie pas dans les marasmes d’un intellectualisme complaisant. Oh que non ! Ses compositions gardent un aspect éminemment pop et psychédélique, destiné au dance-floor et à la transpiration ! Résultat, un travail d’orfèvre ciselé avec minutie et talent - Found Out, le premier morceau a demandé près d’un an de travail – pour faire bouger votre bassin durant toute la belle saison !
Karl Popper n’a plus qu’à aller se rhabiller ! Ce vendredi 23 avril, à la Maroquinerie, la théorie du complot a trouvé en Ian Sevonious un de ses défenseurs les plus zélés ! Hurlant et bondissant de biais, en diagonal et de travers, la star a enflammé la salle de concert aux côtés de Calvin Johnson, fondateur du légendaire label K Records. Après Make up, Weird War, Scene Creamers, Chain and The Gang est l’énième projet d’un artiste insaisissable et multiple. Ecrivain anti-conformiste (il est l’auteur d’un essai pop politique dévastateur (The Psychic Soviet, 2006)) et animateur d’une émission rock de haut vol (Soft Focus), Ian Sevonious est à ranger dans la catégorie des prédicateurs à tendance rock évangéliste façon John Spencer. Partageant l’affiche avec The Intelligence, fleuron du label In The Red, la bête de scène aux logorrhées interminables a distillé à coups de blues rock cathartique, de funk et de post punk enragé, le poison anticapitaliste et contestataire qui manquait peut-être aux spectateurs parisiens de cette soirée.
Arvo Pärt, In Principio
23 avril 2010
A 73 ans, Arvo Pärt est le compositeur contemporain le plus joué au monde. Il sort aujourd’hui un nouvel album envoutant, sobre et généreux, In principio pour chœur mixte et orchestre. Édité par le label ECM, cet enregistrement est l’aboutissement d’un travail commencé vingt-cinq ans plus tôt avec le fameux « Tabula Rasa ».

Nourrie par de multiples influences sérielles, grégoriennes, mais également médiévales (Josquin de Prés ou Machaut), l’œuvre du compositeur estonien a su créer un langage musical épuré extrêmement novateur, appelé « tintinnabulum ». Ce style s’inspire du son de la clochette et s’articule entre trois notes principales qui composent l’accord parfait d’une gamme. Pärt n’utilise donc pratiquement jamais de modulations. « Je travaille avec très peu d’éléments, écrit le compositeur, une ou deux voix seulement. Je construis à partir d’un matériau primitif – avec l’accord parfait, avec une tonalité spécifique. Les trois notes d’un accord parfait sont comme des cloches. C’est la raison pour laquelle je l’ai appelé tintinnabulation ». Avec la sortie de Für Alinéa en 1976, l’artiste rencontre un succès qui ne sera jamais plus démenti. Ses œuvres, jouées dans le monde entier, donnent lieu à de multiples enregistrements, ainsi qu’à de très nombreuses bandes son pour films et spectacles de danse.
Rangé un peu hâtivement dans la catégorie des compositeurs « minimalistes mystiques », aux côtés d’Henryk Gorecki et John Tavener, Arvo Pärt n’hésite pourtant pas à utiliser dans ce nouvel opus une orchestration plus spectaculaire, portée par un lyrisme et une expressivité accrus. Supervisé par l’auteur et placé sous la direction du chef d’orchestre Tõnu Kaljuste, « In principio » réunit un groupe d’œuvres a priori disparates, composées sur une période rapprochée (2000-2007). Toutefois, la simplicité et la spiritualité propres au compositeur donnent une évidente unité esthétique à l’ensemble. Les paroles sacrées (l’Évangile selon saint Jean dans In principio – « Au commencement ») apparentent l’œuvre à une liturgie tour à tour grave (In Principio (2003)), funeste (La Sidone (2005)) et apaisante. Mais la simplicité étonnante des morceaux, cousus de mélodies maigres, assourdies et décharnées, rappelle la ténuité d’un monde triste et incohérent, qui aurait tué en lui toute sacralité.
Arvo Pärt: In Principio (In principio; La Sindone; Cecilia, vergine romana; Da Pacem Domine; Mein Weg; Für Lennart in memoriam). Estonian Philharmonic Chamber Choir. Estonian National Symphony Orchestra. Tõnu Kaljuste, chef d’orchestre. 1 cd ECM New Series CD 476 699-0. Sortie le 9 mars 2009
The Knife – Tomorrow, in a Year (2010)
22 avril 2010
Particules de son et animalcules musicales initient Tomorrow, in a Year, un album froid, hostile et magnifique comme les paysages glaciaires et apocalyptiques de la Suède, le pays d’Olof Dreijer et Karin Dreijer Anderson. Derrière leurs masques étranges d’oiseaux aux fronts noirs et aux becs hostiles, se cachent les deux membres fondateurs du groupe The Knife, un frère et une sœur rompus à l’hermétisme et à l’expérimentation musicale. Avec ce quatrième album étrange et sépulcral, le duo nous offre un opéra de 90 minutes, inspiré par la vie et l’œuvre du théoricien de l’évolution Charles Darwin. Commandée à l’origine par la compagnie de théâtre danoise Pro Format, l’œuvre a été d’abord jouée à Copenhague en 2009 et interprétée par la soprano Kristina Wahlin. De ce concept est né un double album, créé en collaboration avec les chanteurs Planningtorock et Mt Sims. La première partie se veut comme une sorte de poème électro-symphonique exprimant métaphoriquement la théorie de l’évolution, notamment grâce au mélange de musique industrielle et de sons organiques comme des enregistrements d’oiseaux d’Amazonie. La seconde partie, essentiellement rythmique, alterne entre cadences électro et pulsations tribales. Le résultat est une œuvre composite et avant-gardiste aux influences contemporaines pour certaines (on pense aux mélodies répétitives de John Adams et au minimalisme de Steve Reich), mais également plus anciennes (comment ne pas songer en écoutant Upheaved à la psalmodie hachée et tragique de « Let me freeze » du King Arthur de Purcell ?) L’œuvre touche enfin à son acmé avec Coloring of pigeons, un trio barré et fantastique porté par les voix de Karin Dreijer, Kristina Wahlin et Mt Sims. Bref, enfin un courant (d’air frais) novateur en ces temps de morosité ambiante !
New Young Pony Club – The Optimist (2010)
22 avril 2010
Trois ans après le très discret Fantastic Playroom, les quatre survivants de New Young Pony Club (dont la sublime chanteuse Tahita Bulmer) se remettent en selle pour The Optimist, un deuxième album très retro dancefloor chic.

Loin du purisme esthétique du premier disque, ce nouvel opus renoue avec un passé new-rave électro-fluo-olé-olé sans toutefois faire l’économie de belles échappées. Preuve en est du tube Lost a girl qui ouvre l’album avec une énergie qui n’est pas sans rappeler celle de groupes comme Hot Chip ou Ladytron.
Ces jeunes Londoniens purs-sangs, mordus d’effets sonores à la façon années 80, nous proposent une bande son terriblement accrocheuse faite de synthétiseurs échaudés, de refrains entêtants et de boîtes à rythme fracassantes. Cette fois-ci, le côté girly et paillettes a été un peu atténué au profit de tonalités plus sombres (Dolls) et de mélodies extrêmement chiadées (The Optimist).
La recette fonctionne parfaitement et permet à New Young Pony Club de se hisser vers les sommets, aux côtés de géants comme The XX ou Metronomy.