Arvo Pärt, In Principio
23 avril 2010
A 73 ans, Arvo Pärt est le compositeur contemporain le plus joué au monde. Il sort aujourd’hui un nouvel album envoutant, sobre et généreux, In principio pour chœur mixte et orchestre. Édité par le label ECM, cet enregistrement est l’aboutissement d’un travail commencé vingt-cinq ans plus tôt avec le fameux « Tabula Rasa ».

Nourrie par de multiples influences sérielles, grégoriennes, mais également médiévales (Josquin de Prés ou Machaut), l’œuvre du compositeur estonien a su créer un langage musical épuré extrêmement novateur, appelé « tintinnabulum ». Ce style s’inspire du son de la clochette et s’articule entre trois notes principales qui composent l’accord parfait d’une gamme. Pärt n’utilise donc pratiquement jamais de modulations. « Je travaille avec très peu d’éléments, écrit le compositeur, une ou deux voix seulement. Je construis à partir d’un matériau primitif – avec l’accord parfait, avec une tonalité spécifique. Les trois notes d’un accord parfait sont comme des cloches. C’est la raison pour laquelle je l’ai appelé tintinnabulation ». Avec la sortie de Für Alinéa en 1976, l’artiste rencontre un succès qui ne sera jamais plus démenti. Ses œuvres, jouées dans le monde entier, donnent lieu à de multiples enregistrements, ainsi qu’à de très nombreuses bandes son pour films et spectacles de danse.
Rangé un peu hâtivement dans la catégorie des compositeurs « minimalistes mystiques », aux côtés d’Henryk Gorecki et John Tavener, Arvo Pärt n’hésite pourtant pas à utiliser dans ce nouvel opus une orchestration plus spectaculaire, portée par un lyrisme et une expressivité accrus. Supervisé par l’auteur et placé sous la direction du chef d’orchestre Tõnu Kaljuste, « In principio » réunit un groupe d’œuvres a priori disparates, composées sur une période rapprochée (2000-2007). Toutefois, la simplicité et la spiritualité propres au compositeur donnent une évidente unité esthétique à l’ensemble. Les paroles sacrées (l’Évangile selon saint Jean dans In principio – « Au commencement ») apparentent l’œuvre à une liturgie tour à tour grave (In Principio (2003)), funeste (La Sidone (2005)) et apaisante. Mais la simplicité étonnante des morceaux, cousus de mélodies maigres, assourdies et décharnées, rappelle la ténuité d’un monde triste et incohérent, qui aurait tué en lui toute sacralité.
Arvo Pärt: In Principio (In principio; La Sindone; Cecilia, vergine romana; Da Pacem Domine; Mein Weg; Für Lennart in memoriam). Estonian Philharmonic Chamber Choir. Estonian National Symphony Orchestra. Tõnu Kaljuste, chef d’orchestre. 1 cd ECM New Series CD 476 699-0. Sortie le 9 mars 2009